Samedi 3 novembre 2007
Je suis rentré. J'ai commencé le travail. Je suis fatigué.

Je suis rentré. Ça n'a pas été sans mal puisque j'avais choisi un jour de grève Air France et que Korean Air, la compagnie sur laquelle j'avais pris une réservation pour un Paris-Séoul-Ôsaka le 28 octobre, opérait son vol conjointement avec Air France, et que mon avion a été annulé ; je m'en suis rendu compte le matin même. Malgré les consignes absurdes diffusées dans les médias (« Ne vous rendez pas à l'aéroport si votre vol est annulé » – n'importe quoi), je suis quand même parti de Metz.
C'était le chaos à Roissy. Il y avait des heures de queue aux guichets, et les gens n'étaient pas contents. Le personnel au sol (derrière les guichets, etc.) ne semblait pas très solidaire des grévistes : j'ai entendu des choses comme « J'ai travaillé douze heures hier, je te jure je les adore les hôtesses... ». Rendons d'ailleurs hommage à ces non-grévistes, qui ne mesuraient pas leurs efforts pour nous aider tout en restant de bonne humeur. J'ai moi-même fait la queue pendant trois heures dans l'espoir d'obtenir une place sur un autre vol le jour suivant. Certains dans la file attendaient de pouvoir partir depuis plusieurs jours, moi j'ai eu la chance de décrocher un retour dès le lendemain, sur un vol China Eastern Airlines avec escale à Shanghai. Le soir du 28 je suis allé à l'hôtel, avec la promesse de me faire rembourser par Air France après coup (ce qui impliquait quand même qu'il me fallait avancer les sous), le remboursement maximal étant de 120€ – la chambre à l'hôtel Ibis était à 90€ avec petit-déj' à 7,50€, plus je suis allé manger au Hilton voisin pour 21€, soit un total de 118,50€ ; j'ai perdu le ticket de caisse de mon croissant chez Paul sinon j'aurais peut-être pu faire du 119,50€ voire 119,70€.
Je ne me suis pas trop ennuyé à l'hôtel puisque Canal+ diffusait pas moins de deux matchs de foot : Liverpool-Arsenal (1-1) à 17:00 et PSG-Lyon (2-3) à 21:00, soit deux matchs pour sept buts en tout – à 90€ la chambre ça nous fait le but à 12,857€. Le repas au Roissy Hilton n'était pas terrible parce que j'ai choisi un médiocre buffet de plats chauds, ce qui était une erreur car je n'avais pas trop faim et aurais donc mieux de me concentrer sur un plat unique mais bien préparé.
Le lendemain, l'avion (avec un équipage immunisé contre les grèves car 100% chinois) a eu trois heures de retard au départ, sans doute par répercussion de bordel. Je n'étais plus à ça près, mais ça me faisait rater ma correspondance à Shanghai. J'ai donc dû retourner faire la queue, cette fois au guichet correspondance. Pendant que j'attendais il y a eu une alerte de sécurité et on nous a demandé d'évacuer le bâtiment ; ce qui, je crois, a été le nadir de mon week-end. Tout le monde est sorti pour rerentrer dix minutes plus tard comme si de rien n'était ; moi j'ai refait la queue comme un abruti. Là le guichetier m'a trouvé un vol Japan Airlines Shanghai-Ôsaka, que j'ai accepté.
En attendant d'embarquer j'ai discuté avec une dame, très "grande bourgeoise du 17e arrondissement" mais gentille, qui m'a sorti des trucs invraisemblables du genre « Pourquoi ils se plaignent, les stewards ? Si ils voulaient des meilleurs conditions de travail ils avaient qu'à étudier pour être pilote ». D'oh.
Puis sans plus de péripéties (à part quand même à Shanghai où j'ai dû récupérer mon bagage de soute parce qu'il n'était pas transféré dans l'avion Japan Airlines contrairement à ce qu'on m'avait dit à Paris), j'ai pu rentrer à Ôsaka un jour après la date prévue. Puis j'ai eu un dernier jour de repos ; puis est venu le moment de commencer le travail.

J'ai commencé le travail. J'ai des belles chemises maintenant, je me suis racheté un portefeuille en France et la maman de Kiyomi m'a donné une montre d'homme. À part ça je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe. Comme je l'ai déjà expliqué rapidement, ma nouvelle entreprise s'occupe de brevets, de marques déposées, de droit commercial et tout ça ; des choses auxquelles je ne connais rien. J'ai été mis dans le groupe 外内 ("extérieur-intérieur"), qui aide les entreprises étrangères à déposer des demandes de brevet au Japon et les suit pendant tout le processus. Ce qui implique des e-mails en anglais à corriger (ça ça va), des montagnes de dossiers et de paperasseries à mettre en forme... On m'assure qu'on finit par y comprendre quelque chose au bout d'un moment donc je ne m'affole pas. Et je suis au moins content d'une chose, c'est que mon japonais me permet de m'en sortir ; et a priori je devrais continuer à progresser, non ?... Aie-je le choix, de toute manière !

Je suis fatigué. Aujourd'hui samedi, Kiyomi et moi allons à un barbecue organisé par mes nouveaux collègues dans l'après-midi, puis au concert d'un copain du football le soir. Demain, on ira si elle a lieu à la sayonara party de mon copain John Beard (qui rentre aux États-Unis à cause de NOBA et des salaires impayés), et dans la journée je devrai écrire des textes de présentation en japonais et signer des papiers pour ma nouvelle boîte. Trouverai-je un quelconque moment de repos ? Espérons-le ! Y'a du boulot !!

Par Ant - Publié dans : antosaka
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