Jeudi 19 octobre 2006
Internet à la maison. Après des semaines d’attente et de frustrations, Kiyomi et moi avons enfin et depuis quelques heures Internet à la maison. Je suis très, très content.

Pour avoir Internet à la maison il a fallu se battre. Sur les dernières semaines j’ai dû de toute façon me battre à de nombreuses reprises contre le Japon tout entier ; et mis à part un rhume qui m’a empêché de travailler lundi 16, j’ai (ou Kiyomi et moi avons) gagné à chaque fois.

Il y a d’abord eu un incident faisant encore baisser dans mon estime les agences immobilières japonaises. En bas de chez nous il y a un parking à vélo, commun à tout l’immeuble ; chaque soir en rentrant c’est le merdier pour garer son vélo, chacun cherchant à exploiter au maximum l’espace disponible, très réduit et encombré par ailleurs par plusieurs vieux vélos rouillés. Il y a une semaine, l’agence a décidé de résoudre le problème en enlevant, d’autorité et sans préavis, tous les vélos sur lesquels ne figurait pas un autocollant les identifiant comme appartenant à un résident de l’immeuble. Donc moi qui voulait aller me balader une demi-heure avant d’aller au boulot, je m’aperçois que mon vélo a disparu, l’agence expliquant dans une affiche accrochée dans le parking le jour même qu’elle garderait les vélos une semaine, avant d’en « disposer » (処分します). Les bâtards ! Je téléphone à l’agence et le gars me dit que cette histoire d’autocollant est stipulée dans le contrat, et que « de toutes façons votre femme est japonaise non ? », impliquant ainsi habilement que c’était de notre faute (j’ai regardé le contrat rapidement et je lui laisse le bénéfice du doute). Il me dit aussi que si je veux mon vélo, il faut venir le chercher à Kishinosato, soit à l’autre bout de la ville, ce qui est un peu énervant. Je raccroche en me promettant de lui arracher les yeux quand je le verrai ; mais il me rappelle le lendemain à 9:00, me réveillant, pour me dire qu’il va finalement passer en camionnette et que je n’ai pas besoin de me déplacer. Je descend à 10:00 et mon vélo est là. Je considère cela comme une victoire.

Il y a ensuite, donc, Internet à la maison. Au Japon, l’entreprise de téléphonie mobile (semi- ?) publique s’appelle NTT ; c’est eux qui font les travaux nécessaires pour l‘ouverture d’une ligne, tandis que d’autres boîtes jouent le rôle de fournisseurs d’accès, en tout cas c’est ce que j’ai compris ; bon. Pour obtenir de NTT un rendez-vous pour ouvrir une ligne il nous a fallu attendre des mois. Quand le technicien est finalement venu, il n’est resté que cinq minutes environ, le temps de dire qu’une clé quelconque était nécessaire pour faire les travaux dans notre immeuble et qu’il ne l’avait pas. Énervant. On obtient un autre rendez-vous pour la semaine suivante, alors que NTT voulait d’abord nous en redonner un un mois plus tard. Un autre technicien vient, même diagnostic : il faut une clé, il n’a pas la clé. Je lui dis qu’un gars était déjà venu, qu’il y avait eu le même problème et que qu’est-ce que c’était que ce bordel, mais ce n’était pas de sa faute ; sur sa feuille d’instructions il y avait écrit en toutes lettres « Pas de clé nécessaire ». Je rappelle NTT, leur dit que leur entreprise est nulle et qu’ils sont incapables d’assurer le transfert des informations entre leurs différents services, et ils se répandent en excuses… Nouveau rendez-vous pour aujourd’hui, une semaine jour pour jour après ; le gars vient avec sa clé (c’est le premier truc que je lui demande) et fait son travail, j’installe le programme dans mon ordi (qui ne sait pas lire les caractères japonais mais j’y arrive quand même), et voilà. Un succès éclatant.

Enfin, il y a l’histoire de l’hôpital d’Abiko et du rhume de Kiyomi. Kiyomi chope un rhume il y a deux semaines ; elle va à l’hôpital comme il est de mise au Japon, un médecin la garde deux minutes le temps de lui dire « c’est un petit rhume » et de lui filer des médicaments pour quatre jours. Au bout de quatre jours le rhume de Kiyomi ne s’est guère amélioré ; d’autant qu’un de ses élèves lui a donné un coup de pied dans les côtes, ce qui lui cause des douleurs au côté droit à chaque fois qu’elle tousse… Elle décide alors, profitant d’un jour de congé, d’aller faire une radio pour vérifier qu’elle n’a pas un os fendu, et se dirige, échaudée par l’hôpital d’Abiko, vers une petite clinique du coin. Qui ne dispose hélas pas du matériel adéquat et la renvoie vers Abiko. Tant pis, elle y va et voit une médecin qui lui dit en substance « Je peux vous faire la radio, mais comme je ne suis pas spécialiste je vais peut-être me tromper » ; Kiyomi lui dit alors qu’elle préfère laisser tomber, repasse à l’accueil et se voit demander 900 ¥, soit 6 € - pour avoir écouté un aveu d’incompétence ! Sonnée elle paie et part. Quand elle me raconte ça le soir je suis ravi parce que je me dis que je vais pouvoir faire du scandale ; je lui dis qu’il faut qu’on aille se plaindre et les emmerder jusqu’à ce qu’ils nous remboursent. Pendant trente minutes, devant les autres patients, on parle très vivement avec un agent de sécurité placide qui nous demande tout en s’excusant de bien vouloir attendre demain, le temps que son chef nous recontacte ; par ailleurs, à notre arrivée, la demoiselle de l’accueil qui avait servi Kiyomi et lui avait fait payer les 900 ¥ s’était enfuie, et la médecin qu’on a réussi à choper nous a sorti toutes les déclinaisons possibles de « Ce n’est pas de ma responsabilité, allez vous faire voir ». On part en jurant de laver ça dans le sang. Le lendemain est mon jour de repos ; vers 14:00, alors que je suis sur le point de retourner à l’hôpital, un monsieur très poli m’appelle et me demande en s’excusant si je veux bien lui accorder un peu de mon temps en passant à Abiko. Je lui dis oui et pendant vingt bonnes minutes, lui (qui se présente comme 課長, « sous-directeur » ?) et un comptable vont me parler comme à un gars censé qui comprend le japonais, ce qui fait plaisir, et me dire qu’il n’y avait pas eu de volonté de nous voler, que c’était la règle de faire payer 900 ¥ pour une consultation, que les week-end il y avait des docteurs à temps partiels qui travaillaient, que l’erreur venait peut-être de l’autre clinique qui avait mal expliqué, etc., etc., à quoi je réponds calmement que d’accord pour les 900 ¥ par consultation mais que là il n’y avait pas eu de consultation du tout, que l’erreur venait d’Abiko qui n’avait pas su dire qu’ils n’étaient pas en mesure de faire la radio en l’absence du spécialiste, qu’on avait le sentiment que Kiyomi avait été traitée lors de ses deux visites plus en cliente qu’en patiente, et qu’on voulait nos sous. Et ils nous les ont rendus le lendemain, ce qui constitue une immense victoire pour la Justice. Moi 3 (vélo, Internet, Abiko), le Japon 1 (mon rhume).

Par ailleurs, j’ai fait une demande de changement d’emploi du temps, en attendant une éventuelle demande de changement de contrat. Et hélas, Kiyomi a échoué au concours de fonctionnaire. Elle réfléchit à le repasser l’an prochain à Ôsaka, ou à Kyôto, ou à Nankin…

Par Ant - Publié dans : antosaka
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