Vendredi 13 avril 2007
Courte mise à jour aujourd'hui avant de partir travailler pour la dernière fois de la semaine. Le week-end s'annonce bien, avec une fête samedi chez Kirsty et Rose, deux ex-pensionnaires de mon premier logement à Ôsaka qui ont emménagé il y a peu dans le quartier à côté de chez nous, et dimanche un pique-nique hanami sous les cerisiers du parc Sumiyoshi. À part ça j'irai sans doute acheter le dernier album de Modest Mouse.

J'ai du mal à dormir en ce moment, et j'ai donc tendance à repousser le moment où je me mets au lit après le travail. Mercredi soir/jeudi matin, incapable de m'endormir, je suis allé sur Wikipédia lire des articles sur la Seconde guerre mondiale, renouant ainsi avec une de mes passions enfantines (qui s'en souvient ??). De page en page j'en suis arrivé à la biographie de Sir Winston Churchill. Et bien, je ne savais pas qu'il avait eu le Nobel de littérature. Ni qu'il avait demandé en mariage la grand-tante de l'actrice Drew Barrymore, et qu'il s'était fait éconduire - merci Wikipédia. J'ai fini par lire et écouter (quelle voix bizarre !) ses discours historiques - celui sur le Rideau de fer ; celui sur comme quoi la Bataille de France est finie et que celle d'Angleterre va commencer, et qu'il ne peut promettre que « du sang, des efforts, des larmes et de la sueur » ; et celui sur la nécessité pour les Britanniques de combattre les Nazis de toutes leurs forces, pour que leurs descendants puisse dire d'eux, « même si l'Empire Britannique devait durer encore mille ans, que c'était là leur plus belle heure ». Fabuleux. Écouter des discours de Churchill à 1:30 du mat en mangeant des cookies et en trouvant ça génial, c'est sans conteste l'un des trucs les plus cools que j'ai faits de ma vie.

Le prochain sommet rock'n'roll de mon existence prendra la forme, mardi prochain, d'un concert de Sonic Youth. En première partie on aura droit aux Boredoms, un groupe noise japonais, que je m'inflige en ce moment même comme punition sonore. Je ferai en sorte d'être ouvert d'esprit après le concert et de dire que c'était « intéressant ».
Mais Sonic Youth, ce sera génial, parce que Sonic Youth, c'est génial ! Un groupe plus vieux que moi qui continue à faire sa musique dans ce monde de requins et de journalistes stupides, voilà qui mérite le respect. Avec ce concert de mardi prendra fin un invraisemblable chassé-croisé entre eux et moi, avec eux qui jouent à Paris quand je suis à Tôkyô et vice-versa ; plus la fois il y a longtemps où, habitant encore à Metz, j'avais mon billet pour leur concert parisien du soir mais m'étais claqué un muscle en sortant de mon lit le matin. Ce coup-ci, sauf accident...

Enfin, ça vaut le coup d'être signalé : j'ai donné l'adresse du site officiel du FC Metz (www.fcmetz.com faut-il le rappeler) à de mes étudiants fan de foot.
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Jeudi 5 avril 2007
Dimanche 8 se dérouleront au Japon les élections municipales, et c'est extraordinaire. La démocratie dans ce pays est un échec. N'oublions pas que les Japonais n'avaient rien demandé et qu'ils se la sont fait imposer à la fin de la deuxième guerre mondiale ; et le moins qu'on puisse dire c'est que ça ne marche pas. Depuis 1955 et à l'exception d'une parenthèse entre 93 et 96, la fonction de premier ministre et le pouvoir ont été accaparés par un seul parti, de droite : le Parti Libéral Démocrate (PLD). Le pays a connu un développement économique extraordinaire pendant cette période, qu'on peut mettre au crédit du PLD certes, mais celui-ci a aussi abrité des belles ordures, comme le premier ministre et nationaliste notoire Nakasone Yasuhiro au début des années 80, ou le désespérant premier ministre actuel Abe Shinzô. Après des années d'activisme intense et admirable dans différents domaines (défense de l'environnement, syndicalisme, luttes étudiantes autour du traité de sécurité avec les États-Unis), l'immense majorité des Japonais d'aujourd'hui se désintéresse complètement de la politique de leur pays. Il faut dire que le système est très déprimant : les circonscriptions électorales sont taillées sur mesure pour le PLD ; les fonctions gouvernementales sont réparties au sein du PLD par les caciques du parti, ceux-ci étant en plus des fils de bonne famille sortis des mêmes universités (les dynasties politiques sont légion) ; la collusion est permanente entre les milieux d'affaires et les milieux politiques... Mais encore une fois, il serait malhonnête de blâmer uniquement le PLD pour tout ça. Blâmons plutôt les Japonais dans leur ensemble pour leur coupable absence d'intérêt...

À Tôkyô, Ishihara Shintarô, mon grand copain, est en course pour un troisième mandat de gouverneur de la municipalité. Ancien élu PLD, Ishihara, connu au Japon comme romancier et scénariste, est un spécialiste des déclarations crétines. Il a dit par exemple que le français était une langue inapte au calcul, à cause de mots comme soixante-dix ou quatre-vingt, et que cela la disqualifiait comme langue internationale. Également que le principal problème du Japon à l'heure actuelle était les ばば, les vieilles dames (mais il faudrait plutôt traduire ça par "vioque") ; les femmes ayant perdu leur capacité reproductive seraient en effet inutiles, et commettraient un péché en continuant à vivre. On retrouve bien là cette certitude répandue chez les hommes politiques japonais d'avoir le droit de dire n'importe quoi sans réfléchir ; le ministre de la santé lui-même a récemment comparé les femmes à des « machines reproductives », et s'est excusé par la suite sans pour autant démissionner - protégé en cela par Abe, il faut dire... Enfin, Ishihara a également tenu des propos racistes à plusieurs reprises, mettant l'augmentation de la criminalité sur le compte des immigrés chinois et coréens (un grand classique aussi) et déclarant que les quartiers majoritairement peuplés d'immigrés d'Asie continentale représentaient un danger en cas de tremblement de terre majeur à Tôkyô, puisque ceux-ci profiteraient sans doute du désordre pour se livrer à des pillages. Sur ses affiches de campagne, on le voit exprimant sa volonté de combattre les sources d'allergie au pollen dans la ville... Et vraisemblablement il sera réélu. Nous Français n'avons certes de leçons à donner à personne, avec le duel au sommet Chirac-Le Pen de 2002 ; mais quand même.

Une caractéristique de base des politicards japonais (illustrée ici par Ishihara Shintarô) : la tête de tortue

L'un des aspects les plus ludiques des campagnes électorales au Japon, outre les affiches (voir l'album photos dans la colonne de droite), sont les tournées que les candidats effectuent en voiture. Ils passent dans la rue, les speakers à fond, diffusant de la musique et des discours du style « Mon nom est Pires Robert. Je suis le candidat du parti Bubulle pour les élections municipales de dimanche. Je ferais de mon mieux pour Osaka. Merci de votre coopération. Merci ! Merci ! Merci ! ». Le candidat est à la fenêtre, les mains gantées, et il fait sans arrêt des grands saluts de la main, même si la rue est déserte - je le sais parce que les ai espionnés depuis mon balcon. Souvent même le candidat n'est pas dans la voiture ; à la place, une jeune fille, une "salueuse" pourrait-on dire, dit bonjour aux gens à sa place, les mains gantées elle aussi. C'est un petit boulot comme un autre. Si vous ne me croyez pas, voici une vidéo réalisée à l'instant depuis mon balcon, à l'occasion du passage de Takayama Masashi, le candidat du parti bouddhiste Kômeitô.

J'ai d'ailleurs eu le plaisir d'être réveillé à 8:00 ce matin (je rappelle que je finis de travailler à 23:00) par le passage de la caravane de M. Amano Hajime, qui commençait son discours pré-enregistré par des mots du style « Bonjour ! Bonjour ! Merci de votre coopération, bonjour, merci et veuillez nous excuser de vous déranger aussi tôt. Mon nom est Amano Hajime, merci de votre coopération... ». Kiyomi et moi, très énervés surtout moi, avons même téléphoné à la commission électorale puis au bureau du gars pour nous plaindre...


Heureusement, loin de tout ce cirque, il reste des gens qui oeuvrent pour préserver la part de rêve inhérente aux élections municipales (et se font accessoirement de la pub). Voici trois vidéos, trouvées sur Youtube, de candidats 無所属 ("sans étiquette") à de précédentes élections au poste de gouverneur de Tôkyô.

D'abord Uchida Yûya, le candidat rock'n'roll - la vidéo est accessible aux non-japonisants !










Ensuite Toyama Kôichi, qui fait un petit peu peur.










Et enfin le Docteur Nakamatsu, au programme détaillé et convaincant...










Sinon nous avons aussi beaucoup apprécié notre voyage à Tôkyô ; avons revu des gens, des endroits... Album photos à suivre.
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Vendredi 23 mars 2007
Vendredi. Dernière journée de travail de la semaine. Demain Kiyomi et moi nous envolons par shinkansen vers Tôkyô, pour les retrouvailles avec la ville où nous nous sommes rencontrés il y a trois ans. Impatience, joie, appréhension. Nous allons revoir des amis à elle, revoir des amis à moi, nous balader dans divers quartiers aux noms enchanteurs - Shinjuku, Shibuya, Shimokitazawa, Kichijôji...
C’est difficile de comparer deux villes. À Tôkyô j’étais sans soucis, ravi d’être indépendant pour la première fois, de découvrir de nouvelles choses tous les jours ; j’avais une vraie impression de liberté. Je savais que mon séjour était limité à un an, et je savais ce qui m’attendait à mon retour (ou j’imaginais savoir). Aujourd’hui à Ôsaka, je travaille pour une période non déterminée, dans des conditions beaucoup plus strictes qu’à Tôkyô. Plus question de faire le guignol : il faut maintenant construire quelque chose de solide, et penser à long terme.
Alors évidemment, Ôsaka ne peut guère gagner le combat entre les deux villes dans ma tête.
...Enfin je dis ça mais bon, halte à la psychologie à deux balles, il faut quand même dire aussi que Tôkyô est plus belle et plus grande et plus intéressante et plus mieux et que c’est tout. Ôsaka est sans aucun doute la ville la laide du pays ; les promoteurs immobiliers, lie de la société japonaise, s’y sont déchaînés. Son principal intérêt est d’être située à moins d’une heure des belles Kyôto, Nara et Kôbe. Et de me donner du travail...

Le week-end dernier justement j’ai travaillé, comme il a été dit, en tant qu’interprète dans une cérémonie de mariage. Ça s’est très bien passé, notamment parce que j’avais tout préparé à l’avance. Je suis allé dormir chez la famille de la mariée le soir précédent, terminant ce qui devait être terminé en collaboration avec le frère de la mariée, chargé lui de la présentation en japonais des gens faisant leur discours et des animations diverses - danses de geishas, chansons... J'ai terminé la cérémonie plus barbu que je ne l'étais au début ; c'est le cas pour tout ce que je fais, sauf me raser. C’était intéressant en tant qu’expérience professionnelle, et c’était aussi plutôt agréable. J’ai pu retrouver mes amis Shôko et Osamu, qui ont vécu à Paris quelques années. Kiyomi et moi les reverrons dimanche à la capitale.

Sinon mercredi de la semaine dernière je suis allé voir du sumo avec mes camarades. C’était très chouette. Avant-hier mon copain Jack faisait sa sayonara party, sa fête de retour au pays (Londres en l’occurrence), et nous avons passé la nuit dehors à faire les imbéciles. Ce qui fait que le travail hier a été chaotique et que celui d’aujourd’hui ne sera pas beaucoup mieux.
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Mardi 13 mars 2007

On est mardi, le week-end est fini depuis deux jours, il faut travailler. Un bon week-end ça a été : tous les deux avec Kiyomi, on est allé le samedi au "Musée national d'art international" de la ville d'Ôsaka, pour voir notamment une exposition sur Picasso. Le musée est à l'autre bout de la ville mais on y est allé en vélo, ce qui nous a fait arriver finalement une petite heure avant la fermeture. C'était intéressant. Le bâtiment en lui-même est bizarre et rigolo, il ressemble à la fois à une araignée et au casque d'Astérix.

 

Le lendemain dimanche, on est allés avec Pierre d'Avignon et ses collègues à un match de base-ball d'avant-saison entre les Hanshin Tigers et les Yomiuri Giants, respectivement les équipes d'Ôsaka et de Tôkyô comme les noms ne l'indiquent pas - les équipes professionnelles sont en général détenues par de grandes entreprises, qui leur donnent leur nom et brouillent ainsi complètement l'identification géographique qui existe en Europe pour le meilleur et pour le pire ; le champion de base-ball en titre s'appelle en effet Nippon Ham Fighters, qu'on pourrait traduire par Les Guerriers du jambon japonais - vous imaginez le FC Saucisses remporter le championnat de France ? Le match était ennuyeux, beaucoup plus ennuyeux que celui que j'avais vu l'été dernier dans le même stade, lors du tournoi inter-lycées biannuel. Entre les deux équipes existe une rivalité vaguement comparable à celle entre le PSG et l'OM en France, notamment parce qu'elle concerne la capitale et la grande ville rebelle ; mais comme il s'agissait d'un match amical, on peut penser qu'il n'y avait pas beaucoup de motivation de part et d'autre. Le score final a été de 3-2 pour les Giants ; les Tigers, menés 3-0 jusqu'au dernier set, ont marqué deux points à l'extrême fin du match, faisant naître un semblant de suspens... pendant cinq minutes. Je préfère quand même largement le foot et ses 0-0 pourris.

Juste avant de prendre le train du retour, on est tombés sur Pierre le Niçois qui se baladait, et on l'a ramené chez nous pour manger du sukiyaki. Une bien bonne soirée, à peine gâchée par la très mauvaise performance d'Éric en tant que partenaire de conversation à distance par ordinateur interposé - des semaines pour acheter micro et webcam et trouver un rendez-vous, et finalement une demi-heure de retard pour quinze minutes de discussion sans webcam parce qu'il n'a pas réussi à la brancher. Tu jouais pas au FC Metz l'an dernier, bourrin ?

 

Hier lundi était le premier jour de la semaine, ça fait bizarre quand même. Je suis fier d'affirmer avoir fait une masse de trucs divers le matin avant de partir pour mon cours de jap de 12:00, qui précède une longue journée de boulot :

* je me suis douché ;

* je me suis habillé ;

* j'ai fini mes devoirs ;

* j'ai préparé mon sac ;

* j'ai rangé les vêtements secs qui attendaient sur le séchoir ;

* je me suis rasé ;

* j'ai fait la lessive ;

* j'ai fait la vaisselle ;

* j'ai étendu les vêtements mouillés sur le séchoir.

Et je ne suis même pas arrivé en retard chez Miki-sensei, ma compétente professeur de japonais, qui il y a quelques semaines m'a dit à ma grande joie que je progressais. Je rappelle à ce sujet mon objectif : obtenir en décembre le niveau 1 du 日本語能力試験, "examen de capacité en japonais". Y reste du travail.

 

Après une journée dénué d'intérêt au boulot hier, il me faut aujourd'hui mardi m'y mettre sérieusement en vue de la cérémonie de mariage de ce week-end, pour laquelle je dois traduire à l'avance de longs textes dans les deux sens - japonais vers français et français vers japonais. Le week-end prochain sera moins rigolo.

Encore un jeu de "cherchez l'intrus" ; après Imogen aux courses de bateaux, aujourd'hui l'intrus est plus poilu

Par Ant - Publié dans : antosaka
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Mardi 6 mars 2007
Samedi et dimanche dernier étaient mes deux premiers jours de congés "normaux", suite à l'acceptation il y a quelques semaines, quatre mois après, de ma demande de changement d'emploi du temps. Me voilà maintenant avec les mêmes jours de repos que Kiyomi et l'essentiel de la population japonaise. Nous en avons profité pour passer le week-end à Kumamoto, un week-end consacré essentiellement à des préparatifs de mariage : visitage d'hôtels et de ryôtei (pension traditionnelle japonaise), essayage de vêtements... Il reste encore beaucoup de détails à régler, mais on s'est montrés efficaces.

À Kumamoto il faisait beau et chaud, et les cerisiers étaient en fleur - ce qui ravissait Kiyomi. Si le samedi a été axé sur les préparatifs, on a quand même pu se promener en ville le dimanche. Et la comparaison avec Ôsaka n'est pas à l'avantage de cette dernière !

Les parents de Kiyomi ont comme d'habitude été très gentils et très prévenants. Les difficultés de préparer un mariage qui se déroule à un endroit alors qu'on habite à un autre seront largement atténuées par les efforts de la mère de Kiyomi, même s'il faudra quand même sans doute qu'on y retourne encore deux ou trois fois.

Sinon, dans deux semaines, j'assisterai en tant qu'interprète au mariage japonais de Naho et Denys, un an et demi après avoir fait de même à leur mariage français. Ce sera encore une fois une expérience très enrichissante, enfin j'imagine.
Et puis la vie continue ; demain j'irai au onsen avec des camarades, puis je jouerai au foot - y compris si tout va bien avec mon camarade Pierre le Niçois, débarqué de l'avion il y a deux semaines maintenant je crois. Il restera à Ôsaka pour six mois, dans le but de progresser en japonais (cf. lien vers son blog dans la colonne de droite). Souhaitons-lui tous bonne chance !

Par Ant - Publié dans : antosaka
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