Dimanche 21 octobre 2007

En vacances en France depuis six jours. Il fait bien froid en Lorraine, mais c’est ce que j’attends quand je rentre dans mon pays. La dernière fois que j’ai écouté la radio, le FC Metz était mené 2-0 par Nice.

Jusqu'à présent j’ai occupé mon temps de diverses façons, plus ou moins constructives : PES, bandes dessinées, balades dans le village… Demain, j’irai marcher avec mes parents en Allemagne, et après-demain je partirai à Paris pour deux jours.

Hier vendredi 19, mes ex-collègues de NOBA et moi étions censés être payés pour notre travail du mois d’octobre, quatre jours après la date normale. Je ne sais pas si c’est le cas ou pas, je l’espère pour mes ex-collègues qui sinon se retrouveraient dans une situation bien pénible. Il faut savoir que la boîte a continué lors des derniers mois, et continue toujours, à faire venir de nouveaux professeurs malgré le caractère absurde et limite criminel d’une telle politique ! Certains dans l’équipe française ont en effet quitté un travail en France, se sont endettés pour venir au Japon, tout ça pour se retrouver sans rien après quelques mois… D’autant que les indemnités chômage ne tombent qu’après six mois de travail dans le pays, et que dans notre cas on ne sait même pas si elles tomberont un jour, vu qu’il faut pour cela que l’entreprise soit déclarée en faillite ; chose à laquelle se refuse obstinément Saruhashi, le patron de NOBA, un connard de première. En attendant, les employés japonais vont porter plainte auprès de l’inspection du travail, les profs qui peuvent se barrent, etc.

En pensant à NOBA je pense à mes ex-collègues, et je pense aussi à nos étudiants. La masse informe des étudiants, de laquelle émergent quand même quelques visages. Rappelons-le – pendant ces quinze mois j’ai enseigné le français, avec mon absence de qualifications et parfois de motivation, en utilisant un système nul et non avenu : un écran d’ordi, avec une caméra envoyant mon image et ma voix à des gens éparpillés aux quatre coins du Japon et avec le même équipement. J’ai donc eu, combien ?, une vingtaine d’étudiants par jour, que je n’ai jamais rencontrés en personne. Ça fait beaucoup. Une grande partie n’apparaît qu’une fois dans notre emploi du temps ; d’autres prennent des leçons régulièrement, et on finit par les connaître et les apprécier ou pas. Je pense par exemple à des élèves de haut niveau comme Keiko et Yukiko, toutes les deux médecin célibataires utilisant NOBA en partie pour combler les vides de leurs journées (Yukiko étudiant les six langues de NOBA : français, anglais, italien, espagnol, allemand et chinois…). Il y avait également Hideko, femme au foyer semi-dépressive parlant d’une voix suraiguë, et qui s’endormait parfois en leçon pour se réveiller ensuite d’un coup – « Excusez-moi, je n’ai pas entendu votre question… ». On avait aussi l’affreux Hiroshi, con et régulièrement bourré, qui avait réussi à atteindre le niveau E (sept niveaux de A à G, G étant le niveau le plus avancé) probablement en faisant peur aux employées de son école NOBA. Lui aussi, comme Yukiko, étudiait toutes les langues de la boîte ;  il en tirait une fierté absurde, alors qu’il les mélangeait toutes : « Je ne suis pas japonais normal, je parle plusieurs vocables ». J’ai passé de grands moments à lire les commentaires laissés par les professeurs italiens ou espagnols sur lui – du genre « Mamma mia ! Cet abruti parle une espèce de mélange entre espagnol et français, et il s’imagine qu’il est bon en italien… ». Dans les niveaux moins avancés, j’aimais beaucoup des élèves travailleurs comme Eiko, Yôko, ou Kenta le fan de l’OM, travailleurs mais pas toujours super doués.  À part ça, j’ai aussi eu des célébrités : un sénateur, membre du PLD et copain des anciens premiers ministres Koizumi et Abe ; et un joueur de foot professionnel qui se préparait à être transféré à Grenoble (où il n’a pas duré six mois, ndlr).



















 



 


 


Commentaires à l'issue d'une leçon

Même si 99% des étudiants étaient des Japonais, j’ai aussi eu des Taiwanais, une Philippine, un Turc, un Canadien et un Guatémaltèque (qui m’a parlé pendant quarante minutes de son pays, de façon très intéressante - et en plus j’étais payé pour ça). Et j’ai aussi eu récemment un membre de ma belle-famille, une cousine éloignée de Kiyomi habitant à Saitama et qui savait que quelqu’un de sa famille venait de se marier avec un Français qui enseignait le français à Ôsaka et s’appelait comme moi… Kiyomi ne l’a jamais rencontrée mais bon.

Et puis il y a deux mois à peu près, une élève, que la case "informations" présentait comme une célibataire de 30 ans et quelques, m’a aussi demandé, en fin de leçon et au lieu de me poser une question sur le passé composé ou les « r », si j’étais marié ; à quoi j’ai répondu « oui ».

Le reste des étudiants était constitué de gens de toutes sortes, pas représentatifs de la société japonaise bien sûr mais on aurait presque l’impression vu la diversité. Il y en avait des motivés, des pas motivés ; essentiellement des gens qui n’ont pas conscience de l’investissement personnel que nécessite l’apprentissage d’une langue étrangère. L’attitude de mes ex-collègues se divisait en deux tendances majeures : ceux qui se sentent proches des étudiants et ont envie de les aider, et ceux qui les méprisent. Cette ligne de fracture suivait en général de près la frontière entre ceux qui recherchaient le contact avec les Japonais, et ceux qui les fuyaient. Et oui, des gens qui fuient les Japonais tout en habitant au Japon, ça existe. Il peut y avoir toutes sortes de raisons pour ça, mais bon je peux quand même le dire : à NOBA, il y avait aussi de sacrés cons.

Par Ant - Publié dans : antosaka
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Dimanche 14 octobre 2007
Demain, je pars en France pour deux semaines. Le nouveau boulot commence le premier novembre ; j'ai arrêté NOBA avant-hier vendredi 12, et il me reste donc deux semaines de liberté. Ces deux semaines me feront du bien, avant d'aborder cet important virage dans ma vie au Japon ! Je suis quand même bien content, j'ai bien assuré, profitons-en tant qu'on peut le dire !

Précisons que je quitte NOBA alors que vient de tomber une annonce comme quoi les salaires des profs seront payés en retard - une première. C'était vraiment le bon moment...
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Jeudi 4 octobre 2007
Grande nouvelle : j'ai trouvé du travail.

Un vrai travail même ; un nécessitant de parler et écrire anglais et japonais dans une entreprise qui traduit, dieu seul sait pourquoi, des brevets (!). J'ai commencé à chercher début septembre : inscription à l'ANPE locale, remplissage loufoque de CV (à la main et en japonais), allers-retours au cybercafé pour imprimer des conneries... Il y a une semaine j'avais passé un premier entretien avec une autre boîte de traduction, qui m'avait laissé l'impression que je ne les intéressais pas du tout malgré mon score au TOEIC et ma licence d'anglais essentiellement parce que je n'étais pas natif anglophone ; puis là j'ai eu cet entretien avant-hier et je viens d'avoir la réponse ce matin et elle est positive, sachant qu'ils ne me prennent pas pour le poste de traducteur auquel je postulais à l'origine mais pour un travail de bureau
encore mystérieux mais qui semble intéressant. Ben dis donc ! Ben dis donc !

Alors que les mauvaises nouvelles concernant NOBA se sont accumulées ces dernières semaines (notamment des retards dans le paiement des salaires, avec toutes les folles rumeurs qui s'en sont suivies), cette perspective nouvelle m'excite beaucoup, et puis me fait un peu peur aussi.
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Vendredi 31 août 2007
De retour au P.d.S.L. après deux semaines en France. Il fait chaud comme avant qu'on parte et NOBA n'a toujours pas fait faillite.

Comme annoncé, on s'est donc mariés le 28 juillet dernier. Ça s'est bien passé, et si ! Vu les aspects pénibles des préparatifs et autres je suis content que ça soit derrière nous, mais il faut avouer aussi que ça n'était pas désagréable d'être au centre des attentions. Et puis ça a permis de réunir en un même lieu l'essentiel de mes amis au Japon, qu'ils soient du travail ou de Paris, avant le départ de beaucoup d'entre eux. Jetez donc un oeil à l'album photo...

Le séjour des parents au Japon (venus le 22 juillet et repartis le 5 août) s'est bien déroulé aussi, je pense qu'ils ne me contrediront pas. Ils ont fait preuve de beaucoup de bonne volonté et je les en remercie.
Notre séjour à nous, en France du 12 août au 26, est passé très vite. Les parents de Kiyomi plus deux cousins de sa mère, Hide et Yôko, nous ont accompagnés les cinq premiers jours. Cinq jours pour voir la France. Cinq jours pour Metz + Paris + Strasbourg... C'est pas beaucoup ; c'est peu. Alors on s'est organisé du mieux qu'on pouvait, pour leur faire voir des trucs sans les épuiser pour autant. Parmi les moments forts :
le paysage en TGV Est, le musée (merci à la conservatrice en chef) et la cathédrale de Metz, la cathédrale de Strasbourg, le Louvre, la Tour Eiffel, Montmartre. Le 15, on a rassemblé la famille et les camarades de Metz et alentours, et on a mangé ; un bien bon repas-buffet, au cours duquel j'ai mal joué cependant, en prenant trop d'entrées et en devant du coup laisser tomber les desserts.

Une tarte aux quetsches qui attend la cuisson

Après plusieurs jours sans faire grand chose (match Metz-PSG quand même, plus un repas avec Olivier et Sandrine), Kiyomi et moi sommes brièvement montés à Paris le 24 pour aller au festival Rock En Seine. Nous avons vus notamment Dizzee Rascal, Dinosaur Jr., les Shins, les Hives et Arcade Fire, ces deux derniers déchirant tout (les Hives sont officiellement le meilleur groupe de rock sur scène du monde). Nous avons aussi beaucoup pataugé dans la boue. Depuis mon retour j'écoute essentiellement Dinosaur Jr., à part maintenant où j'écoute les Supremes. Je compte m'acheter à court terme un album de Dizzee Rascal, et l'album de Amy Winehouse dont la chanson Rehab est quand même trop bien.

De la boue, avec nos pieds dedans. En levant la tête on peut voir les Hives

Outre la durée du séjour, je regrette beaucoup de ne pas avoir pu voir mes amis Stephen et Tanya, cette dernière, victime de l'inanité des autorités françaises, n'ayant pas pu obtenir de visa de tourisme. Ça repousse notre prochaine rencontre à... je sais pas quand.

Et puis sinon on a repris le travail ; et je suis les résultats du FC Metz déjà avec résignation.
Par Ant - Publié dans : antosaka
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Samedi 21 juillet 2007

Bonsoir. Aujourd'hui samedi 21 juillet 2007, ça fait un an que je suis arrivé à Ôsaka. Je suis en vacances depuis hier soir et pour dix jours. Demain mes parents arrivent et je passe le TOEIC. La semaine prochaine nous nous marions. Nous avons été très occupés ces dernières semaines, et nous le seront encore au cours de la semaine qui vient, mais en attendant il est l'heure de se coucher !
Par Ant - Publié dans : antosaka
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